Un livre-outil par Claude Paquin et Geneviève Goutouly-Paquin (à paraître)

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Au sommaire du livre

Ce livre à venir s’ancre dans l’action de longue durée qui est la nôtre, élaboré à partir de situations concrètes, pour produire des analyses, des méthodologies et des propositions à partager et à débattre.

Il s’agit de convoquer différentes disciplines, des savoirs, des pratiques transdisciplinaires, en posant un principe éthique : la politique de la Relation – en référence à l’expression de l’écrivain Édouard Glissant – comme partie prenante de l’action et de l’analyse.

  • La première partie de l’ouvrage est centrée sur les études de projets et politiques culturelles et artistiques de territoires : à la fois sur les méthodologies appliquées et sur les résultats obtenus.
  • La seconde partie est consacrée aux processus de travail et leurs outils avec les différents acteurs, avec les professionnels, les élus, les administrations, les associations…
  • La troisième partie adopte une approche prospective et s’attache à analyser ce que la Relation fait / ferait aux politiques culturelles.

Il s’agit d’un travail sur les finalités et les modalités de mise en œuvre des politiques culturelles, sur la prise en compte pleine et entière de la dimension culturelle dans le développement des territoires et dans le développement humain.

La problématique du livre

Ce livre souhaite mettre (en valeur) « la Relation » au cœur des politiques publiques de la culture, des projets culturels et des processus artistiques, ce qui constitue aujourd’hui un enjeu majeur de l’action publique dans ce domaine.
Cette politique de la Relation est ancrée dans la réalité complexe, composite et contradictoire des territoires : territoires institués, territoires dessinés par les pratiques sociales, territoires imaginaires, nouveaux territoires configurés par la mutation numérique, tous territoires de cultures et de créations.
Il s’agit bien de politique de la Relation, c’est-à-dire analyser, proposer, agir, intervenir, dans, par et avec la relation. Ce qui met l’accent sur les effets de la relation par le dialogue, voire la confrontation, et la co-élaboration notamment.
Chaque acteur de la relation est concerné par ce qui est généré. Cela suppose de produire, dans le même mouvement, une dynamique de co-responsabilisation s’appuyant sur chacun des pôles de cette relation – c’est-à-dire des décideurs à la population elle-même, en passant par les professionnels et les artistes –, ainsi donc que les outils-processus qui donnent l’assise à cette politique de la Relation.
Nombre de pratiques, de processus artistiques sont aujourd’hui moteurs de cette évolution. Pourtant si l’impulsion est bien là, elle a du mal à dépasser le stade de l’énoncé pour s’incarner en actes. En réalité, qu’est-ce qui est en jeu ?
D’une part, en se centrant sur les modes opératoires, sur les méthodes de travail du champ culturel, sur les processus d’élaboration des décisions, sur les pratiques professionnelles et partenariales à l’œuvre, c’est toute la logique d’action des politiques culturelles qui est en travail, autrement dit, la part d’ingénierie culturelle propre aux politiques publiques de la culture.
D’autre part, il y a un besoin d’instrumentation méthodologique pour aller au-delà des effets déclaratifs. Co-élaborer et mutualiser doivent être accompagnés des outils qui permettent leur mise en œuvre réelle. Il y a là un « chantier » profondément nécessaire à nourrir en tissant savoirs et expériences.
L’ingénierie culturelle n’est plus réservée à un petit cercle de spécialistes proches des lieux de la décision politique dans ce domaine. Elle est désormais partagée et concerne à la fois les professionnels de la culture sur l’ensemble du territoire, des artistes, des élus, des responsables d’associations culturelles. Elle concerne aussi les citoyens eux-mêmes qui souhaitent que les conditions soient proposées pour faire advenir leur place en la matière.
De plus, l’ensemble des liens sociaux se reformulent aujourd’hui : les effets des technologies de l’information et de la communication transforment les rapports humains (enseignants-enseignés, médecins-malades, pratiques amateurs / pratiques expertes, etc.) vers un processus de co-responsabilisation (qui se situe donc au delà de la notion de participation) et de démocratie culturelle.
En matière d’ingénierie culturelle comme pour l’ensemble de la société, il y a refondation de ses bases, même si les pratiques « anciennes » sont encore très largement présentes aujourd’hui dans les processus de décision et d’évaluation relatifs à la culture.
En 1997, à l’occasion d’une demande d’étude des publics, nous posons que « la Relation » doit être au cœur des politiques culturelles. Considérer que la dynamique de la relation est première nous conduit alors à co-analyser les deux pôles de cette relation :

  • d’une part, le pôle constitué par les habitants eux-mêmes et leurs rapports à l’offre culturelle, mais aussi leurs propres rapports à la culture, à leurs pratiques, à leurs attentes,
  • d’autre part, le pôle constitué par les professionnels, les décideurs : comment chacun perçoit, interprète le public, la population, le territoire ?

Nous montrons ainsi que si l’on veut comprendre une dynamique culturelle de territoire, cette relation et son analyse doivent être centrales : toute cette connaissance (co-naissance) doit être développée pour qualifier la relation, l’informer, la valoriser… Quels sont ses inventivités, ses potentialités, ses freins, voire ses blocages ?
Cela suppose donc de mettre en œuvre les conditions d’une véritable prise de parole et de proposer les outils adaptés pour l’ensemble des acteurs de cette relation.
Dans le même mouvement, nous initions des groupes d’analyse des pratiques professionnelles (pouvant réunir artistes, responsables associatifs et professionnels) où chacun se fait « ethnologue » de sa propre pratique en s’ancrant dans celle-ci, en mettant en jeu son expérience et les difficultés rencontrées.
Pour nous, cela suppose également de transmettre les outils de l’analyse des pratiques, pour assurer le passage du tiers (que nous sommes) au tiers-inclus (que sont potentiellement les différents acteurs des politiques culturelles).
Nous pourrions intituler l’ensemble de ce processus : « du passeur à la passerelle ». Quand le passeur s’en va, que reste-t-il ? S’il a co-construit une passerelle avec les personnes concernées, celle-ci permet de continuer le travail !
L’ambition de ce livre est de contribuer à renouveler l’ingénierie culturelle en proposant des outils dans un constant va-et-vient avec les fondements de l’action.
Les matériaux sont composés des extraits d’entretiens auprès de la population, entretiens et ateliers avec les professionnels, les élus, ainsi que de séminaires d’analyses des pratiques professionnelles, constituant une matière si riche permettant de rendre compte de cette complexité et de cette singulière marqueterie humaine.

« Écritures en chantier », un collectif ouvert à tous

Afin de témoigner de cette expérience, de la partager et de la faire vivre avec le support d’un modèle économique à réinventer, nous avons initié un chantier d’écriture ouvert, collaboratif et évolutif : « Écritures en chantier », composé d’une quinzaine de professionnels avec qui nous avons collaboré ainsi que de chercheurs, qui s’est réuni de novembre 2012 à mai 2014 au Centquatre dirigé par José-Manuel Gonçalvès, à Paris.

Ce collectif est l’expression d’un chantier partagé, ouvert dès la création de Tertius en 1991 et qui n’a pu se mettre en œuvre que par la rencontre avec des professionnels se positionnant dans une même nécessité de transformation de leur champs d’action.

Ce collectif s’ouvre aujourd’hui à toute personne souhaitant le rejoindre. Merci de nous indiquer votre intérêt et nous vous informerons alors de ce qui est en cours.

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